Éducatrice spécialisée HES-SO, coach membre de SECA, enseignante, auteure, peintre

15. Bouquet de miracles

La paroisse réformée qui avait organisé le camp a été secouée par un réveil spirituel. Elle a continué d’organiser des camps d’été où le ciel touchait la terre. Je suis retournée deux fois en camp.  J’y ai vécu des instants inouïs. J’ai découvert comment Dieu pouvait me toucher physiquement et agir sur l’instant de manière tangible. Le Saint-Esprit me remplissait, me faisait trembler, j’avais des fourmillements, parfois mon corps se balançait involontairement. C’était nouveau et déconcertant. A plusieurs reprises, depuis le baptême du feu, je ressentais une sensation d’extase, de jubilation, de bien-être. C’est ce qu’on appelle des manifestations du Saint-Esprit, l’onction. Un des participants était un ancien toxicomane. Il m’a dit qu’il avait eu peur en sentant le Saint-Esprit parce que cela lui avait un peu rappelé quand il était sous effet de la drogue. Je n’ai jamais pris de drogue, je ne peux pas faire de lien. En tout cas, je ressentais régulièrement une détente immense et une impression d’éternité. J’aurais voulu que cela ne s’arrête jamais tellement c’était bon.

Il y avait d’autres formes de manifestations du Saint-Esprit que j’ai découvertes. Il faut dire que je ne connaissais pas du tout le Saint-Esprit. On n’en parlait pas dans ma famille ni dans les églises que j’ai fréquentées dans le passé. Alors, c’était un pan entier d’un autre monde qui se dévoilait à moi. Tout n’était pas beau et exaltant. Il y avait aussi parfois des moments effrayants, des attaques. J’ai expérimenté, lors du camp de 1993, qu’elles ne se dirigent pas uniquement contre une personne mais aussi contre un groupe.

Dans la bergerie, il y a des poutres au plafond. C’est l’après-midi et nous recevons un enseignement. Soudain, nous entendons des petits cris perçants au-dessus de nous. Nous levons la tête : un nombre incalculable de souris courent sur les poutres en couinant ! Qu’est-ce qu’elles font là ? D’où viennent-elles ? Il y a une vague d’affolement dans la bergerie, les gens crient de peur. Nous nous éloignons et nous regroupons au fond de la pièce. Le pasteur s’avance et se tient debout au milieu de la pièce. Il tend sa main vers les poutres et il dit d’une voix ferme : « Allez-vous-en, au nom de Jésus ! ». Dès qu’il finit sa phrase, elles disparaissent, toutes !Je suis soufflée. Estomaquée, je me dis que je suis heureuse de l’avoir vu de mes propres yeux, parce que si on me l’avait raconté, j’aurais eu de la peine à croire que cela s’est vraiment passé comme ça.

A nouveau le nom de Jésus qui agit visiblement puissamment. Des situations déconcertantes, j’en ai vécues beaucoup au fil de ma vie. Une des premières m’a marquée au fer rouge et s’est passé également lors de ce camp en 1993.

Le dernier jour du camp est arrivé. Les bagages sont déjà dans les voitures. Nous nous disons au revoir et n’arrivons pas à nous séparer. Retourner chez soi après une semaine pareille est douloureux. J’aurais voulu rester là et vivre avec ces gens toute ma vie ! Nous nous donnons rendez-vous le soir, à la fin de notre trajet de retour, pour manger ensemble une dernière fois. Quelques heures de route nous attendent.

Soudain, des hurlements d’enfants ! Un petit arrive en courant et en criant : « On jouait vers les pierres. Un serpent ! Il a mordu Eloïse ! ». Plusieurs adultes se précipitent. L’un revient très vite, portant une petite fille dans ses bras. C’est la fille de Pierre, le médecin. Sur sa cheville, deux trous rouges. Une vipère ! Nous n’avons pas d’antivenin sous la main. Comment agit le venin d’une vipère dans le corps d’une petite fille ? Le premier hôpital est loin d’ici. Le pasteur dit au médecin : « Tu as deux possibilités. Ou tu fonces vers l’hôpital et on prie que tout se passe bien. Ou tu restes et on prie pour ta fille ici ». Je vois le visage de Pierre s’assombrir. Il y a un long silence. Il parle avec sa femme. « Nous restons et prions ». Une immense gravité se fait sentir. Nous formons un cercle autour de d’Eloïse. Le pasteur prend un peu d’huile et la pose sur la plaie et il prie. Nous levons nos mains vers la petite. Puis, nous montons dans les voitures et partons en direction de la Suisse.

Environ quatre heures plus tard, nous arrivons à la Vallée de Joux. Nous avons rendez-vous à la maison de Paroisse pour le repas. Je sors de la voiture et je vois la voiture du médecin parquée là. Eloïse est devant la maison, en pleine forme et elle rit. « Regardez, mais regardez !!!! ». Sa cheville ne porte plus de trous rouges, pas de cicatrice, pas même de tache. Sa cheville est absolument intacte.
Si des personnes ont des doutes en lisant mon témoignage, je les comprends. A leur place, j’en aurais aussi, peut-être. Pourtant, tout ce que je raconte est totalement véridique. Pour preuve, le père d’Eloïse est le docteur Pierre Meylan qui exerce au village du Sentier.


Les réveils dans l’Eglise existent depuis longtemps. Il y a des écrits qui datent de 1800 et qui décrivent des phénomènes tout à fait semblables à ce que j’ai vécu personnellement ou dont j’ai été une témoin visuelle.

En été 1995, j’ai vécu mon troisième camp. J’ai encouragé Béatrice, une membre de ma cellule de prière, d’y venir avec moi. Elle avait entendu parler de la bénédiction de Toronto et des dérives qui avaient semblé la suivre. Les gens tombaient par terre pendant la prière et se comportaient bizarrement. Ils avaient alors une attitude qui ne semblait pas du tout être inspirée par le Saint-Esprit. J’ai rassuré Béatrice en lui disant qu’à ces camps, on ne tombait pas par terre. Il y avait des onctions du Saint-Esprit, on pouvait rire ou pleurer, mais on n’avait pas de comportements alarmants. Elle s’est donc jointe à moi.

L’intervenante s’appelait Michèle d’Astier de la Vigerie. C’était une femme qui avait été active dans l’occultisme auparavant et qui s’était convertie depuis quelques années. Elle nous enseignait sur le rejet, la repentance, le pardon, la guérison et l’occultisme. C’était riche et intéressant. Le troisième soir, elle a demandé qui désirait la prière. Comme personne ne se réagissait, je me suis avancée. Je ne savais pas trop pourquoi. C’était surtout pour que la soirée continue.

Debout face à elle, je fermé les yeux. Elle prie pour moi et je sens son haleine de fumeuse. Elle nous avait dit qu’elle n’avait pas encore réussi à arrêter de fumer. « Ça sent mauvais ! Vivement qu’elle cesse de fumer ! » D’un coup, je tombe en arrière, raide comme une planche. Je sens des bras qui me saisissent de chaque côté de mon dos et qui me posent délicatement par terre. Je n’ai plus de force et je suis remplie d’un bien-être énorme. C’est délicieux ! Cela dure un long moment, puis je me relève. Béatrice me dit en riant :« Alors comme ça, ici on ne tombe pas ! ».

J’ai demandé autour de moi qui a eu le réflexe de me retenir lors de ma chute. Il n’y avait personne. Les gens m’ont dit que je suis tombée et que ma tête a lourdement tapé le sol en bois. Pourtant, moi, j’ai senti des bras qui me déposait doucement par terre et je n’ai eu aucune bosse ni la moindre douleur à la tête. 

Je n’ai toujours pas trouvé le sens de tomber par terre. Cela m’est arrivé bien des fois depuis. C’est comme si je suis soudain remplie de quelque chose de si extraordinaire que je n’ai plus la force de rester debout. Mais depuis, la plupart du temps, je m’assois quand je sens que cela arrive. Lorsque le feu est tombé sur moi en 1992, si j’avais été debout au lieu d’être assise par terre, serais-je tombée ? Je sais qu’à Toronto et dans d’autres églises, tout le monde voulait tomber et vivre des manifestations spectaculaires. C’était devenu une dérive. De phénomènes passagers qui n’étaient que la trace de la présence agissante du Saint-Esprit, les manifestations sont devenues pour certains croyants des buts à atteindre, des raisons d’assister au culte.  J’ai discerné la possibilité de développer une dépendance de ces moments émotionnels donc je me suis méfiée. Que l’arbre ne cache pas la forêt. Ce n’était pas les manifestations qui étaient à chercher, mais Dieu lui-même.

Michèle d’Astier est devenue une personnalité connue dans le monde chrétien. Je n’adhère pas du tout à ce qu’elle prône aujourd’hui. Mais en 1995, son enseignement m’a enrichie.