5. La visite
Dans ma onzième année, un évènement va ouvrir une porte insoupçonnée qui va rester ensuite longtemps hors de ma vue.
Nous habitions dans une maison en communauté œcuménique avec un couple d’amis qui faisaient partie de notre groupe de musique. C’était une bâtisse assez âgée que nous avions retapée. Elle était au milieu d’un îlot de verdure, ceint par de grands immeubles. Nous avions un petit jardin et un verger. En été, nous mangions dehors, sous les arbres. C’était un magnifique endroit éclairé par un magnolia enchanteur qui régnait sur le terrain de jeu en face de chez nous.
Au rez-de-chaussée de notre maison se trouvait la cuisine, le bureau, le salon et la salle à manger. Les quatre pièces en enfilade formaient un carré, avec deux portes qui donnaient sur le palier. C’était l’étage en commun. Notre appartement, au-dessus, avait la même configuration de pièces en enfilade, avec une ancienne cuisine transformée en salle de bain, la chambre de mon frère, celle de ma sœur et de moi, et celle de mes parents. Nous pouvions sortir de l’appartement par la porte de la salle de bain ou celle de la chambre de mes parents. Au deuxième étage vivaient nos amis.
C’est la nuit. Je dors dans la chambre que je partage avec Caroline. Nous avons des lits superposés en métal rouge. Le mien est celui du haut. Notre chambre a une porte à droite qui s’ouvre sur la chambre de Michaël et une autre à gauche sur celle de nos parents.
Je me réveille dans un état d’alerte. Quelque chose est en train de se passer ! Je garde les yeux ouverts, aux aguets. Tout semble normal, mais je suis tendue. Tout à coup, je vois la porte de la chambre de mon frère s’écarter et un être lumineux entre dans la chambre. Ce que je vois est très difficile à décrire. C’est comme une personne qui ressemble vaguement à une femme que mes parents connaissent, mais on dirait un homme, en même temps. Cet être a des cheveux ondulés, jusqu’aux épaules. Il est tout blanc et brille, même le visage. Il est fait d’une seule lumière. Il n’y a pas de différence de teinte entre ses cheveux, sa peau et ses vêtements. Pourtant, je vois les traits de son visage, ses yeux et les plis de son habit, une sorte de robe. Il entre très lentement et il se tourne vers moi. Il me regarde. Dès son entrée, je m’assois sur mon lit. Comme je suis en haut du lit superposé, son visage est presque à ma hauteur. Je suis épouvantée, en sueur d’un coup. Mon cœur me casse presque les côtes à force de battre. Je tente de réfléchir. « Est-ce que je rêve ? ». Comment le savoir ? Je me souviens des bandes dessinées que je lis. En particulier Donald et son oncle Picsou. Quand ils sont surpris, ils disent « Pince-moi, je rêve ! ». Alors, ils se pincent, crient « Aïe ! » et sentant le pincement, ils savent qu’ils ne rêvent pas. Avec cette idée, je pense que si je touche le métal de mon lit et que je sens le froid, alors cela veut dire que je ne rêve pas. Je le touche. C’est froid ! L’être lumineux fait un pas dans ma direction. « S’il fait un pas de plus, je hurle ! ». Il s’immobilise, comme s’il m’a entendue. Il me fixe un moment dans les yeux, puis il me dit :
« Je viens du ciel pour te protéger ». Stupéfaction. « C’est un ange ! » Avant que je puisse me demander comment réagir, il se détourne et il repart en direction de la chambre de mon frère. Il passe la porte et je ne le vois plus. « Mince ! Micky ! S’il le voit, il va avoir peur ! ». Bien que terrifiée, il faut que je sois près de mon frère pour le rassurer au cas où il se réveille face à l’ange, Mon corps est tellement tremblant que cela m’est difficile de descendre l’échelle de mon lit. Je n’arrive pas à atteindre les échelons. Pour finir, je saute par terre. Puis, je me dirige prudemment vers la porte et je regarde. Pas d’ange ! Mon frère dort profondément. J’inspecte la salle de bain, attenant à la chambre de mon frère. Vide. L’ange a disparu. Sans réfléchir, je coure à travers la chambre de mon frère puis celle que je partage avec ma sœur jusque dans la chambre de mes parents. Je me jette au pied de leur lit sur leur duvet et je me mets à pleurer en disant : « J’ai vu un ange ! ». Ils se réveillent, ils me consolent et ils me disent que j’ai rêvé. C’est le plus logique. Je retourne au lit, persuadée que je n’ai pas rêvé. Pourtant voir un ange n’est pas possible. Alors face à l’incroyable, je fais comme font souvent les enfants, j’enfouis cette expérience tout au fond de ma mémoire, bien cachée sous le mouchoir de l’oubli.
Nous habitions dans une maison en communauté œcuménique avec un couple d’amis qui faisaient partie de notre groupe de musique. C’était une bâtisse assez âgée que nous avions retapée. Elle était au milieu d’un îlot de verdure, ceint par de grands immeubles. Nous avions un petit jardin et un verger. En été, nous mangions dehors, sous les arbres. C’était un magnifique endroit éclairé par un magnolia enchanteur qui régnait sur le terrain de jeu en face de chez nous.
Au rez-de-chaussée de notre maison se trouvait la cuisine, le bureau, le salon et la salle à manger. Les quatre pièces en enfilade formaient un carré, avec deux portes qui donnaient sur le palier. C’était l’étage en commun. Notre appartement, au-dessus, avait la même configuration de pièces en enfilade, avec une ancienne cuisine transformée en salle de bain, la chambre de mon frère, celle de ma sœur et de moi, et celle de mes parents. Nous pouvions sortir de l’appartement par la porte de la salle de bain ou celle de la chambre de mes parents. Au deuxième étage vivaient nos amis.
C’est la nuit. Je dors dans la chambre que je partage avec Caroline. Nous avons des lits superposés en métal rouge. Le mien est celui du haut. Notre chambre a une porte à droite qui s’ouvre sur la chambre de Michaël et une autre à gauche sur celle de nos parents.
Je me réveille dans un état d’alerte. Quelque chose est en train de se passer ! Je garde les yeux ouverts, aux aguets. Tout semble normal, mais je suis tendue. Tout à coup, je vois la porte de la chambre de mon frère s’écarter et un être lumineux entre dans la chambre. Ce que je vois est très difficile à décrire. C’est comme une personne qui ressemble vaguement à une femme que mes parents connaissent, mais on dirait un homme, en même temps. Cet être a des cheveux ondulés, jusqu’aux épaules. Il est tout blanc et brille, même le visage. Il est fait d’une seule lumière. Il n’y a pas de différence de teinte entre ses cheveux, sa peau et ses vêtements. Pourtant, je vois les traits de son visage, ses yeux et les plis de son habit, une sorte de robe. Il entre très lentement et il se tourne vers moi. Il me regarde. Dès son entrée, je m’assois sur mon lit. Comme je suis en haut du lit superposé, son visage est presque à ma hauteur. Je suis épouvantée, en sueur d’un coup. Mon cœur me casse presque les côtes à force de battre. Je tente de réfléchir. « Est-ce que je rêve ? ». Comment le savoir ? Je me souviens des bandes dessinées que je lis. En particulier Donald et son oncle Picsou. Quand ils sont surpris, ils disent « Pince-moi, je rêve ! ». Alors, ils se pincent, crient « Aïe ! » et sentant le pincement, ils savent qu’ils ne rêvent pas. Avec cette idée, je pense que si je touche le métal de mon lit et que je sens le froid, alors cela veut dire que je ne rêve pas. Je le touche. C’est froid ! L’être lumineux fait un pas dans ma direction. « S’il fait un pas de plus, je hurle ! ». Il s’immobilise, comme s’il m’a entendue. Il me fixe un moment dans les yeux, puis il me dit :
« Je viens du ciel pour te protéger ». Stupéfaction. « C’est un ange ! » Avant que je puisse me demander comment réagir, il se détourne et il repart en direction de la chambre de mon frère. Il passe la porte et je ne le vois plus. « Mince ! Micky ! S’il le voit, il va avoir peur ! ». Bien que terrifiée, il faut que je sois près de mon frère pour le rassurer au cas où il se réveille face à l’ange, Mon corps est tellement tremblant que cela m’est difficile de descendre l’échelle de mon lit. Je n’arrive pas à atteindre les échelons. Pour finir, je saute par terre. Puis, je me dirige prudemment vers la porte et je regarde. Pas d’ange ! Mon frère dort profondément. J’inspecte la salle de bain, attenant à la chambre de mon frère. Vide. L’ange a disparu. Sans réfléchir, je coure à travers la chambre de mon frère puis celle que je partage avec ma sœur jusque dans la chambre de mes parents. Je me jette au pied de leur lit sur leur duvet et je me mets à pleurer en disant : « J’ai vu un ange ! ». Ils se réveillent, ils me consolent et ils me disent que j’ai rêvé. C’est le plus logique. Je retourne au lit, persuadée que je n’ai pas rêvé. Pourtant voir un ange n’est pas possible. Alors face à l’incroyable, je fais comme font souvent les enfants, j’enfouis cette expérience tout au fond de ma mémoire, bien cachée sous le mouchoir de l’oubli.